PSYCHANALYSE ET CONCEPT D’OPPOSITION

PSYCHANALYSE ET CONCEPT D’OPPOSITION

La découverte des processus inconscients, liée à celle du conflit intrapsychique, se formule fréquemment sous la plume de Freud par le vocable d’opposition (Gegensatz ) et, à l’occasion, par l’un de ses dérivés, d’une importance théorique particulière, le concept de couples d’opposés (Gegensatzpaar ). Dans son Introduction à la psychanalyse (1916-1917), Freud, reprenant un vocabulaire de connotation kantienne, écrit: «La vie psychique est un champ de bataille [Kampfplatz ] et une arène où luttent des tendances opposées ou, pour parler un langage moins dynamique, elle se compose de contradictions [Widersprüche ] et de couples d’opposés [Gegensatzpaare ].» Par ailleurs, il spécifie le régime fonctionnel différent qui caractérise les oppositions de termes selon le niveau, conscient ou inconscient, des processus psychiques: «Ce qui, dans le conscient, se présente clivé en deux termes opposés [zwei Gegensätze ], bien souvent ne fait qu’un dans l’inconscient» (1910). De toute évidence, ce clivage des deux opposés au niveau conscient correspond à un rapport d’exclusion logique. Cela s’explique si l’on considère que le système perception-conscience obéit au processus secondaire, dont l’un des caractères est d’être régi par le principe de contradiction. Cette caractéristique est en relation avec le fait que l’activité du jugement, dont la mise en jeu relève de cette instance, présuppose l’apparition du «symbole de la négation» (Verneinung ). L’avènement de la négation dans les processus secondaires correspond à «la reconnaissance de l’inconscient de la part du moi», laquelle présuppose «un premier degré d’indépendance» de la pensée rendu possible par une levée encore partielle (Aufhebung ) du mécanisme du refoulement (1925).

Au contraire, au niveau de l’inconscient, comme Freud le souligne très souvent, la représentation du «non» n’existe pas – de manière «univoque tout au moins», ce qui constitue une restriction d’importance (1900, 1901, 1913, 1916-1917, 1918, 1925, 1932). C’est que, dans l’inconscient, «les lois logiques de la pensée ne sont pas valables, surtout pas le principe de contradiction», si bien que «l’on peut appeler ce dernier le royaume de l’illogisme» (1932, 1938). Cependant, les oppositions (Gegensätze ), les contraires (Gegenteile ) et les contradictions (Widersprüche ) jouent et sont même traités d’une certaine manière au niveau de l’inconscient, en particulier mais pas seulement, dans le travail du rêve, qu’il s’agisse des registres de la représentation (Darstellung ), de l’affect (Affekt ), du désir (Wunsch ) et de la pulsion (Trieb ).

Le régime des processus primaires, propre à l’inconscient, se caractérise par un mode particulier de la «relation des opposés» (Gegensatzrelation ), qui se manifeste notamment dans le «négativisme» des névrosés et des psychopathes (1905). Il est décrit comme une relation de coïncidence (das Zusammenfallen ) [1916-1917]. En effet, du fait que «dans le ça il n’y a pas de conflits, les contradictions, les oppositions voient leurs termes voisiner sans en être troublées». Plus précisément, les oppositions «ne sont pas maintenues séparées [...], ne se distinguent pas les unes des autres». Plus encore, elles donnent lieu à un procédé de «mise en équivalence» (Gleichstellung ), sont traitées comme des «concordances» (Übereinstimmung ) et même comme des «identités» (identisch ) (1916-1917, 1924, 1926, 1938). Dans la langue du rêve, les contenus représentatifs sont marqués par l’«indétermination» (Unbestimmheit ), la multiplicité des sens, en particulier sous la forme des «doubles sens» (Zweideutigkeit ). «Les concepts sont encore ambivalents et réunissent en eux-mêmes des significations opposées» (1907, 1913, 1916-1917).

Quant au matériel pulsionnel proprement dit de l’inconscient, «des motions opposées y coexistent côte à côte sans s’annuler ni se soustraire les unes des autres [...], parfois sans aucune influence réciproque ou, si cette influence existe, il peut se faire qu’aucune décision n’intervienne et qu’il s’établisse un compromis absurde puisque renfermant des éléments incompatibles» (1926, 1932, 1938). Cette relation de voisinage et même de coalescence des oppositions dans l’inconscient explique certaines caractéristiques du travail du rêve, en particulier au niveau de deux mécanismes qu’il y a lieu de bien distinguer, bien qu’ils puissent opérer en conjonction dans le traitement qu’ils effectuent des «opposés» et des «contraires». Mais, avant de les décrire, il convient de souligner un point important.

Freud insiste sur le fait que «les oppositions ne sont pas toujours contradiction» (1916-1917). Cette distinction, bien qu’il en ait remodelé le contenu en y intégrant le concept kantien d’opposition réelle, se situe dans la tradition orthodoxe de la logique aristotélicienne, qui constituait l’objet de l’enseignement de son maître en philosophie Brentano. Si la contradiction peut exister dans l’inconscient, notamment au niveau des pensées latentes du rêve, elle n’y joue, somme toute, qu’un rôle marginal, et sans commune mesure avec la fonction dynamique majeure du principe d’opposition. C’est cette dernière catégorie qui constitue l’instrument épistémologique du dualisme freudien, en tant que cadre référentiel de la description de l’appareil psychique – alors que la dynamique hégélienne de l’histoire de l’esprit résorbe toutes les autres formes d’opposition dans le privilège exclusif accordé au concept de contradiction. La raison en est évidente: tandis que la contradiction, même dans la version dynamique qu’en donne Hegel, commande par principe l’exclusion de l’un des contradictoires au profit de l’autre, l’opposition, selon Freud, est justement le principe qui permet, à l’inverse, la coexistence des contraires.

À l’appui de la distinction précédente qu’il envisage entre l’opposition et la contradiction, Freud invoque, à titre d’exemple, la polarité (Polarität ) du symptôme névrotique, dont le propre est de pouvoir «servir aussi bien à la satisfaction sexuelle qu’à son opposé» – de même qu’en général la structure des formations de compromis, en tant qu’elle résulte de l’«interférence de tendances opposées» (1916-1917).

De manière plus extensive encore, «l’opposition entre l’amour et la haine, les pulsions érotiques et la pulsion d’agression», loin de marquer leur disjonction, représente au contraire le principe de leurs «interactions et réactions», de leur «alliance» (Verbindung ) selon des quantités variables, de leur agencement en faisceaux complexes de motions composés selon divers motifs et, en général, de «la soudure et du désalliage des composants pulsionnels» (1933, 1937). Sur ce tout dernier aspect, Freud précise également dans l’Abrégé de psychanalyse (1938) que l’opposition des deux pulsions fondamentales, l’Éros et la pulsion de destruction, est ce qui leur permet, «dans les fonctions biologiques, d’agir l’une contre l’autre aussi bien que de se combiner l’une à l’autre».

Le traitement des contraires dans le travail du rêve

En ce qui concerne la contradiction, Freud souligne que le contenu latent du rêve peut comporter divers sentiments apparentés de contradiction, d’ironie, de mépris, de haine. Dans les idées latentes du rêve, «presque toujours, à côté d’une association d’idées, se trouve son opposé contradictoire» (kontradiktorisches Widerspiel ). Ce «sentiment de contradiction» (Widerspruch ) s’exprime alors par l’absurdité, la configuration insensée du rêve manifeste, voire, à l’occasion, par la sensation de l’impossibilité à se mouvoir, ou à faire quelque chose. «Il faut donc corriger, remarque Freud, l’affirmation précédemment émise selon laquelle le rêve ne peut exprimer la contradiction, le non» (1900, 1901, 1907).

Quant au maniement par le travail du rêve des «opposés» (Gegensätze ) et des «contraires» (Gegenteile ), Freud décrit deux mécanismes essentiels. Le premier est l’identification (Identifizierung ) des opposés, d’ailleurs présentée comme un cas particulier du mécanisme de condensation: «Le rêve excelle à réunir les opposés et à les représenter en un seul objet [...], en un seul et même élément manifeste [...] qui peut signifier l’un et l’autre à la fois.» L’usage privilégié de ce mécanisme tient au fait que, à l’inverse des autres relations logiques et surtout de celle de contradiction, la ressemblance, le «de même que», est «la seule des relations logiques favorisée par le mécanisme de la formation du rêve». D’où le double usage du mécanisme de l’identification par condensation, qui opère soit sur des éléments analogues de la pensée latente, soit aussi bien sur des opposés, traités alors de la même manière que ceux-ci (1900, 1901, 1910, 1916-1917, 1924). Le second mécanisme est décrit par Freud au moyen d’expressions variables telles que l’inversion, le renversement (Umkehrung , Verkehrung ), la transformation dans le contraire (Verwandlung ins Gegenteil ), la représentation par le contraire (Darstellung durchs Gegenteil ). Alors que le mécanisme précédent est donné comme représentant une variété particulière de condensation, celui-ci est au contraire décrit comme «une forme de déplacement»: «Dans le rêve manifeste, une chose peut signifier son contraire [...], la formation du rêve, au service de la censure, peut remplacer un élément particulier par quelque chose qui, en un sens quelconque, en est le contraire ou l’opposé [Gegenteil oder Gegensatz ]... Des opposés se substituent mutuellement dans le contenu du rêve et viennent à être remplacés par chaque élément [...] de sorte qu’on ne peut savoir si un élément du rêve, susceptible de contradiction, trahit un contenu positif ou négatif dans les pensées du rêve» (1900, 1901, 1905, 1910, 1913, 1918, 1923, 1938). Ce processus de renversement dans le contraire, qui caractérise le second mécanisme, peut s’appliquer aux représentations proprement dites du contenu latent, mais aussi aux affects, et jusqu’aux scénarios organisés du désir, lesquels peuvent être transformés dans le désir opposé – Wunschgegensatz (1900). La transformation dans le contraire est un cas particulier d’inversion (Umkehrung ) – en l’occurrence, du sens ponctuel. Mais le mécanisme de l’inversion comporte une extension plus générale et peut s’appliquer aussi aux situations, aux rapports entre deux personnes, à la succession des événements (1900, 1901, 1916-1917).

Dans un autre domaine que celui de l’élaboration du rêve, mais proche de ce dernier, Freud décrit aussi le mécanisme de transformation dans le contraire à travers les associations de Dora au cours de la cure (1905). L’interversion de la chronologie s’observe à l’occasion dans la construction du fantasme hystérique (1909). Face à de tels procédés de l’inconscient, Freud a souligné, dès les Études sur l’hystérie (1895), la nécessité pour l’analyste d’avoir parfois à reconstruire la succession du matériel livré par le patient selon une méthode d’«inversion de l’ordre». Ces deux paradigmes de l’identité des contraires et du renversement d’un contraire dans un autre avaient déjà, bien avant la description qu’en reprend Freud en 1900, conquis leurs lettres de noblesse dans la philosophie de Hegel (Identität , Umkehrung , 1812), encore que cet auteur en ait fait, dans sa métaphysique de l’esprit absolu, un usage cosmique sans comparaison convenable avec le strict traitement métapsychologique que leur a accordé Freud. D’après Freud, l’usage récurrent dans la formation du rêve des deux mécanismes s’expliquerait par la fonction très générale, dans l’économie psychique, d’un «principe de contraste» (Prinzip des Kontrasts ) dû à «l’enchaînement associatif très serré des idées qui lie la représentation d’une chose à son opposé». Il s’agirait d’un procédé de fonctionnement propre aux systèmes d’expression primitifs, tels que les formes de langues les plus anciennes, dont il lui paraît légitime de rapprocher certains mécanismes propres au travail du rêve. On peut même l’envisager, au-delà du seul cadre des faits linguistiques, comme «un trait archaïque général de la pensée humaine». À propos de cette propriété de structuration binaire caractéristique des formes primitives de pensée, Freud donne son adhésion aux vues du linguiste Abel (1884); rappelant que «nos concepts prennent naissance par une comparaison», il le cite dans les termes suivants: «Tout concept se trouvant devoir être le frère jumeau de son opposé [...], l’homme n’a pu acquérir ses notions les plus anciennes et les plus élémentaires que dans le rapport de l’opposé à l’opposé, selon deux versants d’une antithèse» (1900, 1910, 1916-1917, 1923).

Dans le domaine du développement, l’apparition d’une structure binaire primitive propre au processus de pensée a été décrite par Freud à propos du jeu de la bobine. Le couple de vocables à significations opposées (fort-da : «parti»-«voilà») qui en représente le commentaire verbal rudimentaire et qui exprime l’absence et la présence alternatives de l’objet marque l’apparition de la fonction symbolique chez l’enfant, alors âgé de dix-huit mois. Toutefois, à la différence de ce qui se passe dans le travail du rêve, les deux termes ne sont pas mis en équivalence, ni non plus substitués l’un à l’autre, mais plutôt mis en balance dans un procès d’alternance et de prise de distance. Cette dernière caractéristique représente la marque propre du processus secondaire, dans sa différenciation d’avec le processus primaire. Par ailleurs, le jeu du fort-da présente, dans ce champ particulier du processus secondaire, une structure interne du même type que celle des autres variétés des couples d’opposés, dont il sera question plus loin.

Du sens opposé des mots primitifs

Les conceptions d’Abel ont été très discutées, notamment en raison des exemples qu’il emprunte à l’égyptien ancien, ainsi qu’à d’autres langues et dont beaucoup apparaissent, au jour de la linguistique moderne, totalement controuvés (É. Benveniste, 1966). Cependant, même aujourd’hui, certains auteurs considèrent que la discussion n’est pas tout à fait close et accordent encore un certain crédit au noyau théorique essentiel des conceptions d’Abel, en dépit des exemples dont il les a, dans la plupart des cas, illustrées (J.-C. Milner, 1985). Freud mentionne, dans les conceptions d’Abel, deux idées, dont l’une est d’un intérêt cardinal, cependant que l’autre paraît beaucoup plus discutable. La première concerne le fait que les plus anciennes racines des langues historiques comporteraient un «double sens antithétique» (antithetischer Doppelsinn ), une «opposition de sens» (Gegensinn der Urworte ), dont l’un serait «exactement le contraire de l’autre». Les langues primitives n’auraient «au début qu’un mot pour désigner les deux opposés d’une série de qualités ou d’actions», ainsi «fort-faible, vieux-jeune, proche-lointain, lié-séparé [...], dedans-dehors [...], clair-obscur, grand-petit [...], haut-bas». Ultérieurement, «les deux faces de l’antithèse» se voient disjoindre par différentes modifications du mot primitif. En dehors de l’égyptien ancien, Freud emprunte à Abel certains exemples qui sont tirés de contextes linguistiques plus récents et dont il faut bien convenir qu’ils résistent dans une certaine mesure à la critique d’Émile Benveniste (altus : haut/profond; sacer : sacré/maudit; Boden : sol/plafond). Enfin, dans Totem et tabou , toujours en se référant à Abel, il invoque, comme autre exemple de ces «mots servant à exprimer deux notions opposées et ambivalentes», précisément le terme «tabou», dont il rend hommage aussi à Wilhelm Wundt d’avoir souligné le double sens (sacré et impur). Outre ce premier mécanisme concernant l’antithèse au niveau du signifié, Abel en décrit un autre qui suscite également l’intérêt de Freud, bien que sa pertinence linguistique n’apparaisse plus convaincante aujourd’hui. Il s’agit du procédé de la «métathèse» au niveau du signifiant, et éventuellement du signifié, qu’Abel décrit comme «un retournement aussi bien du son que du sens». En égyptien ancien, et dans certaines langues plus récentes, parfois d’une langue à l’autre, le même mot présenterait, soit pour le même sens, soit pour des sens opposés, les sons rangés dans des ordres opposés (anglais hurry : se presser/allemand: Ruhe : repos).

Dans le texte intitulé «Des sens opposés dans les mots primitifs» (1910) ainsi que dans l’Introduction à la psychanalyse , Freud relève la parenté entre les deux procédés décrits par Abel – l’antithèse et la métathèse – avec les deux mécanismes utilisés par le travail du rêve dans le traitement des contraires: l’identification des opposés et l’inversion (Umkehrung ) du matériel onirique. Il insiste aussi sur le fait que le premier, celui de l’antithèse, en tant qu’expression d’une forme d’incapacité originaire à séparer les antonymes, est la marque d’une sorte d’indétermination – on dirait aujourd’hui d’indécidabilité – caractéristique des modes de la pensée primitive. À ce titre, cette formule mentale entretiendrait un rapport direct avec «la singulière tendance que possède l’élaboration du rêve à faire abstraction de la négation». Le propre de ces «significations primitives contradictoires», de ces «mots originaires à double sens» consiste justement dans la coexistence des opposés, au lieu de leur exclusion réciproque telle qu’elle est requise par le principe de contradiction, par la mise en jeu de la fonction de la négation. Par ailleurs, Freud souligne, à propos du second mécanisme, le plaisir avec lequel les enfants jouent à «l’inversion du son des mots», facteur agissant à une grande «profondeur» (1910, 1916-1917).

Contrairement à une idée encore assez répandue, la rencontre de Freud avec les vues d’Abel n’est pas qu’un épisode lié à quelques textes bien connus (1900, 1910, 1913). Le premier a abondamment et régulièrement cité le second tout au long de son œuvre (1900, 1901, 1910, 1912, 1913, 1916-1917, 1924, 1938). À ce propos, bien qu’il ait accordé parfois un intérêt particulier à la métathèse (1910, 1916-1917), au point de l’envisager comme ayant «peut-être des relations plus étroites encore que le sens opposé (antithèse) à l’élaboration du rêve», c’est exclusivement le procédé du Gegensinn , de l’antithèse, qui lui apparaît, dans l’ensemble des autres textes, comme le noyau principal des conceptions d’Abel – cela dans la mesure où le «mécanisme préformé» de la structure binaire à deux versants antithétiques lui semble caractériser, dans un champ plus extensif encore que celui du travail du rêve, «les couches profondes de l’activité inconsciente de l’esprit» et, en général, la forme d’organisation mentale propre aux «modes de la pensée primitive». À titre d’exemple particulier, Freud invoque aussi l’intervention du procédé général du Gegensinn dans la formation des lapsus.

Principe de contraste et représentation indirecte

Le «principe de contraste» (1900), où Freud voit la clef d’une organisation binaire des contenus mentaux et où trouvent appui les mécanismes du traitement des contraires dans le rêve, s’exprime déjà sous une forme particulière dans les textes de 1892-1896. Freud utilise alors la notion de «représentation de contraste» (Kontrastvorstellung ) dans la description de processus relevant aussi bien du normal que du pathologique. Dans les processus normaux, les «projets» et les «attentes» comportent un certain degré d’incertitude subjective, une «contre-attente», qui se formule dans un ensemble, précisément, de «représentations de contraste». Or le domaine des processus pathologiques se caractériserait par le fait d’un renforcement de ces représentations de contraste. Ainsi en serait-il, mais avec des effets différents, dans la neurasthénie et l’hystérie. Dans la neurasthénie, la représentation de contraste pénible est reliée «en un seul acte» à la conscience – par où s’expliquent la faiblesse de volonté, le pessimisme, la folie du doute, les phobies. En revanche, dans l’hystérie, en raison de la tendance au clivage et à la dissociation de la conscience, la représentation de contraste, ou encore «contre-représentation» (Gegenvorstellung ), subit un refoulement et, dans la lutte contre l’intention consciente, s’objective comme «contre-volonté» (Gegenwille ) sous la forme d’un symptôme moteur, d’une innervation corporelle. D’une manière différente encore, dans la névrose obsessionnelle, la contre-représentation demeure présente dans le conscient sous la forme d’un contre-symptôme de scrupulosité (Gegensymptom ). Cette notion représente la première description produite par Freud du mécanisme de la formation réactionnelle, typique de la névrose obsessionnelle. Il y verra ultérieurement une forme de «transformation du contenu» de la pulsion refoulée, en rapport avec un renforcement de l’attitude consciente opposée (1892-1893, 1893, 1895, 1896, 1915, 1926).

Dans la période proprement fondatrice de sa pensée (1900-1905), il analyse d’autres conduites du registre normal à partir du même type de mécanismes que ceux qu’il mit en évidence dans l’étude du travail du rêve. Celui des lapsus, dont il désignait aussi la source dans la structure du Gegensinn , consiste dans le «remplacement d’un mot par son contraire». Par ailleurs, l’oubli des noms s’explique souvent par l’opposition interne d’un couple de représentations: ainsi en est-il du couple «mort et sexualité» dans l’analyse célèbre de l’oubli du nom du peintre Signorelli (1901, 1916-1917). La représentation par le contraire (Darstellung durchs Gegenteil ) représente la technique privilégiée du mot d’esprit (Witz ). Souvent l’expression de la contradiction s’accompagne même d’un procédé de «surenchère». Cependant, le mot d’esprit utilise également le «contraire» de ce procédé essentiel, c’est-à-dire la «représentation par le semblable». D’autres techniques y sont mises en œuvre, que Freud propose de réunir avec les précédentes sous la rubrique très générale de «représentation indirecte»: le double sens (Doppelsinn ), le contresens (Widersinn ), le non-sens (Unsinn ) et l’absurde, l’unification par condensation, le déplacement – en particulier par allusion –, la représentation par le détail ou par le menu, les fautes de raisonnement. La représentation par le contraire est le seul procédé utilisé par l’ironie, qui n’est pas l’esprit. Elle intervient aussi dans le comique, comme technique de «démasquage de l’automatisme psychique». Freud insiste sur le fait que les techniques du mot d’esprit lui sont communes avec celles qui président au travail du rêve. Assurément, note-t-il, la représentation par le contraire est encore beaucoup plus importante dans le rêve que dans le mot d’esprit. Cependant, la parenté de l’esprit avec le rêve tient au fait que l’ensemble de ses procédés exprime directement «certaines manières de penser, qui sont en usage dans l’inconscient» (1905, 1925).

Les formes classiques du dualisme freudien

Freud a toujours présenté les grandes dualités qui forment l’ossature de ses conceptions métapsychologiques sous le chef exclusif de la catégorie d’«opposition». Celle-ci articule une grande variété de termes couplés, entretenant parfois, d’ailleurs, de complexes rapports d’interférence, en raison de la formulation progressive des vues freudiennes, situation qui pose notamment le problème de l’ajustement de la première topique (1900) à la deuxième (1920). Tout d’abord, c’est l’opposition entre les pulsions du moi ou pulsions d’autoconservation (la faim), œuvrant à la conservation de l’individu, et des pulsions sexuelles (l’amour), requises par la conservation de l’espèce (1913, 1920, 1925, 1938). Cette première opposition, dont Freud précise que chacun des termes comporte une double signification articulant la perspective psychologique et le «domaine biologique», correspond à la distinction entre les deux systèmes de l’appareil psychique, le préconscient-conscient (Pcs-Cs) et l’inconscient (Ics). Encore faut-il préciser que cette première opposition se dédouble, au niveau même de son premier terme, dès 1900, en une deuxième. Le système Pcs-Cs se décompose lui-même en deux sous-systèmes, le préconscient proprement dit (Pcs), dont la fonction spécifique est la «mémoire», et le système perception-conscience (Pc-Cs), défini comme «un organe des sens» ou encore «un système perceptif». Or Freud postule, en accord avec Josef Breuer, l’incompatibilité des fonctions mnésique et perceptive, qui «s’excluent l’une l’autre dans les deux systèmes». Une telle incompatibilité entraîne la distinction de deux censures entre les systèmes psychiques, l’une entre l’Ics et le Pcs-Cs, la seconde entre le Pcs proprement dit et le Pc-Cs.

Ultérieurement (1914), la reconnaissance d’un régime lui-même libidinal d’une «partie des pulsions du moi» aboutit à un remaniement de l’opposition entre pulsions du moi et pulsions sexuelles, qui se formule sous une «opposition nouvelle entre libido narcissique et libido objectale», soit encore entre amour du moi (Ichliebe ) et amour de l’objet (Objektliebe ). Le processus du refoulement est alors conçu comme «se passant à l’intérieur de la libido elle-même» (1914, 1920, 1925, 1938). Enfin, l’instauration de la deuxième topique définit, au sein du ça lui-même, une troisième forme d’opposition, entre «pulsions de vie et pulsions de mort», c’est-à-dire entre «l’amour et la haine», l’Éros et la «pulsion d’agression» ou de «destruction» (1920, 1925, 1932, 1933, 1937, 1938). En réalité, l’opposition métapsychologique entre pulsions de vie et pulsion d’agression est elle-même aménagée, sur le plan fonctionnel et clinique, par le mécanisme bipolaire transversal de l’union-désunion entre celles-ci (Vermischung-Entmischung ), dont l’effet est d’en contrôler le «mélange» en proportions variables (1924, 1933). Par ailleurs, la libido aurait pour «tâche» de dériver en grande partie vers l’extérieur (Aussenwelt ), sous forme de pulsion de destruction, de «volonté de puissance», l’investissement d’abord endogène de la pulsion de mort. On peut voir aussi dans un tel processus une forme particulière du mécanisme de renversement.

Concernant cette opposition ultime, «encore plus tranchée» que les précédentes, et en général à propos de sa «conception éminemment dualiste de la vie pulsionnelle», Freud s’est plu à indiquer plusieurs références. Tout d’abord, il attribue à Hering la distinction entre deux sortes de processus, présents au sein de la substance vivante, dont «l’un construit, assimile, tandis que l’autre démolit, désassimile». Il mentionne aussi l’opposition, due à Schopenhauer, entre la volonté de vivre et la mort comme but de la vie (1920). Dans une autre perspective, il se risque à indiquer la coïncidence probable, la relation originaire du couple amour-haine avec «la polarité de l’attraction et de la répulsion», que la physique postule pour le monde inorganique (1932, 1933). Enfin, il évoque la figure d’Empédocle, dont il rapproche les deux principes d’«amour» et de «lutte» (philia et neikos ) tout d’abord des deux pulsions originaires, Éros et destruction (1937), et même, en outre, du grand «couple d’opposés» formé par «l’attraction et la répulsion» (1938), dont l’origine kantienne n’est pas mentionnée.

À propos des interférences entre les divers grands couples d’oppositions qui jalonnent les étapes de la pensée freudienne, il importe de souligner que ces oppositions ne s’excluent en aucune manière, mais que les deux premiers niveaux (1900, 1914) où elles se définissent se résolvent en définitive dans l’opposition finale entre l’Éros et la destruction. Dans l’Abrégé de psychanalyse (1938), Freud précise que les deux oppositions antérieures entre les pulsions de conservation de soi et de conservation de l’espèce, d’une part, entre l’amour du moi et l’amour d’objet, d’autre part, sont désormais à faire entrer «dans le cadre de l’Éros». Cependant, l’opposition marquée par la première topique entre les deux systèmes Ics et Pcs-Cs reprend forme d’une certaine manière, d’un point de vue métapsychologique, dans le propos selon lequel «ce que nous connaissons du ça a un caractère négatif, ne peut se décrire que par opposition au moi» (1932).

La polarité du jugement

À l’opposition des deux grands groupes de pulsion vient s’articuler, dans le texte sur «La Négation» (1925), la doctrine freudienne concernant l’«origine psychologique» de la fonction du jugement. La «polarité» du jugement, négatif et positif, trouverait sa racine génétique dans le couple pulsionnel de la destruction et de l’Éros. La négation serait un «successeur de l’expulsion», dont la fonction est le propre de la pulsion de destruction. L’affirmation serait un «substitut de l’unification», dont la tendance appartient à l’Éros. Freud considère plusieurs étapes dans «la façon dont s’engendre la fonction intellectuelle à partir du jeu des motions pulsionnelles primaires». Une étape préliminaire est représentée, «au début de la vie psychique», par le narcissisme. «Le moi-sujet [qualifié comme moi-réalité du début] coïncide avec ce qui est plaisant, le monde extérieur avec ce qui est indifférent.» Le moi n’est à ce niveau qu’une monade narcissique, une boule de plaisir, pour laquelle n’existe pas encore la différenciation d’avec le monde extérieur, autrement dit la distinction du dedans et du dehors. Vient ensuite l’étape du «moi-plaisir originel», placée sous la juridiction du principe de plaisir. Le moi y ressent des excitations de plaisir et de déplaisir, d’origine aussi bien interne qu’externe. Alors se crée la limite entre le dedans et le dehors. Le moi «veut s’introjecter tout le bon et expulser hors de lui tout le mauvais». Ce clivage primitif entre bon et mauvais, manger et cracher, introduire et exclure présuppose le processus de perception et correspond à un premier niveau de «décision» concernant la fonction du jugement. L’étape suivante correspond à la formation du «moi-réel définitif», fonctionnant selon le principe de réalité. Elle est marquée par l’apparition de la représentation, comme reproduction plus ou moins fidèle de la perception. Cette émergence de la fonction représentative achève la différenciation du dedans et du dehors amorcée par l’étape précédente. Alors intervient la seconde «décision» concernant l’activité du jugement. Elle consiste à se prononcer non plus sur la qualité bonne ou mauvaise de l’objet perçu, mais sur l’existence réelle de l’objet de satisfaction et sur la possibilité de le retrouver à partir du contrôle des informations comprises dans le système représentatif. Ceci qui est bon (première étape) peut être retrouvé ou non comme existant dans le réel (deuxième étape). À ce niveau, le jugement «met un terme à l’ajournement par la pensée et du penser fait passer à l’agir».

Dans son commentaire sur la Verneinung (1955), Jean Hyppolite a rattaché ces deux niveaux primitifs de décision propres à la fonction de juger à la distinction traditionnelle entre jugement d’attribution et jugement d’existence. Sur ce niveau du jugement d’existence se fonde l’apparition de la fonction symbolique, dont l’expression originelle est la forme négative du jugement. L’usage qu’elle implique de la négation marque la séparation de la fonction intellectuelle par rapport à la sphère des processus affectifs, autrement dit l’inconscient. La mise en œuvre du symbole de la négation représente une levée partielle du refoulement. Il en résulte une sorte d’acceptation intellectuelle du refoulé, sans pour autant que le refoulement soit encore supprimé. Cependant, par l’apparition du non, lequel n’existe pas encore dans l’inconscient, la pensée se libère des limitations du refoulement et accède à un premier degré d’indépendance, en s’enrichissant de contenus nouveaux nécessaires à son fonctionnement. La négation est une forme de prise de connaissance du refoulé, malgré le maintien du refoulement, qui permet l’utilisation du matériau de l’inconscient au profit de la pensée. À partir du jugement négatif se forme le jugement affirmatif, ce qui représente le moment, selon J. Hyppolite, de la négation de la négation. Cependant, note Freud, le passage de la négation à l’affirmation, la pleine acceptation intellectuelle du refoulé, dans le déroulement de la cure, ne supprime pas encore pour autant le refoulement.

D’après Freud (1925), le jugement de condamnation (Verurteilung ), autrement dit le jugement négatif qui émerge dans l’attitude de dénégation (non, ce n’est pas...), est «le substitut intellectuel du refoulement». Dans Le Mot d’esprit (1905), il écrivait: «À la place du rejet par le jugement, on trouve, dans l’inconscient, le refoulement . Le refoulement peut être considéré comme intermédiaire entre le réflexe de défense et la condamnation.» Autrement dit, le mécanisme du refoulement assume une fonction primitive du non, selon un procédé qui pourrait être rapproché des autres mécanismes de traitement des contraires dans le travail du rêve, dans la mesure où ceux-ci sont tout de même au service de la censure, bien que par ailleurs leur dynamique, en tant qu’ils sont des espèces de la condensation et du déplacement, relève du registre des processus primaires. De fait, le paradoxe propre au travail du rêve est d’utiliser les mécanismes de l’inconscient en vue de travestir l’expression directe des contenus inconscients. Il en résulte cette conséquence, d’apparence contradictoire, que de tels mécanismes, qui en principe ignorent le non, comportent l’équivalent d’une forme primaire de la négation. En particulier, le mécanisme de transformation dans le contraire, s’il suppose d’une certaine manière, à l’instar du mécanisme de l’identification des opposés, une certaine vacuité de la négation, n’en fonctionne pas moins comme le prototype d’une forme primaire de l’acte de nier. Ce n’est pas d’ailleurs le cas de l’autre mécanisme, celui de l’identification des opposés. De ce point de vue, il conviendrait d’envisager une sorte de dissymétrie, de disparité de niveaux des deux types de mécanismes à l’égard de l’absence relative du non dans l’inconscient.

Reprenons brièvement les termes de ce paradoxe. D’une part, le procédé de transformation dans le contraire appartient au régime de l’inconscient qualifié par l’ignorance du non et, en rapport avec ce phénomène, par la coalescence des contraires. D’autre part, dans la mesure où il travaille sous l’égide de la censure du rêve, il peut apparaître comme une forme de prototype primaire à la fois du refoulement et de la négation. D’ailleurs, dans «Pulsions et destins des pulsions», Freud présente le mécanisme du renversement dans le contraire comme une forme primitive de mécanisme de défense, qui préluderait à l’installation du refoulement. En outre, cette fonction négative du mécanisme en question apparaît avec une évidence presque indiscutable lorsqu’il fonctionne, par exemple dans le mot d’esprit, au niveau de formations psychiques jouant à la limite des processus primaire et secondaire.

De manière homologue, Freud a parfois décrit le refoulement selon deux lignes de propos qui rapprocheraient celui-ci, l’une du régime propre au processus secondaire, l’autre de celui du processus primaire. D’une part, s’il est vrai (1925) que l’attitude de la dénégation représente, en un sens incontestable, l’émergence explicite du non, le jugement de condamnation n’en demeure pas moins un substitut (Ersatz ) du refoulement, dont la structure interne est homologue à celle du premier, malgré le contenu «intellectuel» de celui-ci. Dans ces conditions, comme on le voit dans «L’Homme aux loups» (1918), il est concevable d’envisager que «la négation [Negation et non Verneinung ] s’introduit grâce au processus du refoulement», cette formulation étant par ailleurs liée au fait que «le refoulement trouve son expression dans l’opposition (Gegensätzlichkeit )». D’autre part, dans une perspective quelque peu différente, Freud envisage parfois les effets du refoulement comme résultant d’un processus – beaucoup plus proche d’un régime de fonctionnement inconscient – de «transformation dans le contraire», appliqué à la pulsion à refouler. Ce processus est décrit comme observable, par exemple, dans la névrose phobique du petit Hans, ainsi que dans les formations propres à la névrose obsessionnelle et, dans une certaine mesure, à l’hystérie (1909, 1926). Le procédé de la transformation dans le contraire est décrit comme caractéristique des obsessions de «L’Homme aux rats» (1909), tout comme le sentiment d’ironie et d’absurdité, à l’instar de ce qui se produit dans la «langue du rêve». De même, la formation réactionnelle, présentée comme une espèce du refoulement, met en jeu un renforcement de l’attitude opposée à la direction de la pulsion à refouler. Ainsi la pitié se trouve alors opposée à la cruauté, la tendresse à la haine (1926). Le paradoxe s’éclaire quelque peu si l’on envisage le refoulement comme un processus de nature et de qualité inconscientes dont les effets de «négation» s’exercent sur une région particulière de l’inconscient. Par là, on saisit mieux la portée de la formule corrective de Freud d’après laquelle ce n’est qu’en un sens relatif que l’inconscient ignore le non.

Dans ce registre des mécanismes défensifs, l’une des variétés du procédé de renversement dans le contraire est peut-être illustrée par «l’identification transmuée au négatif», que Freud décrit dans «L’Homme aux loups» comme une sorte de contre-identification. Ainsi l’enfant expire avec force pour ne pas devenir infirme comme son père, processus pouvant comporter aussi bien un «sens positif». Il reproduirait alors l’expiration bruyante du père pendant la scène primitive. Dans ce cas, ce n’est plus un même élément représentatif, mais la même conduite qui peut comporter deux significations contraires. En dehors du registre névrotique, le processus psychotique met lui-même en jeu le mécanisme de la transformation dans le contraire, en particulier au niveau du traitement des émotions impliqué dans le processus de projection propre au délire de persécution (1911). Cette analogie formelle avec les procédés caractéristiques de la langue des rêves est à rapprocher du fait que Freud a parfois décrit le rêve comme une forme de «psychose normale» (1924, 1932, 1938).

Nous en revenons aux deux concepts majeurs de «couple d’opposés» (Gegensatzpaar ) et de «polarité» (Polarität ), dont le contenu théorique se trouve en rapport de connexion avec celui de la catégorie fondamentale d’opposition (Gegensatz ). Dans de nombreux exposés métapsychologiques de Freud concernant les grandes dualités pulsionnelles, ces deux notions, prises à la lettre, n’interviennent que rarement, et pas pour désigner directement les deux grandes catégories de pulsions, dont le rapport est toujours décrit sous le chef de l’opposition. Dans deux textes de 1932 et 1933, la «polarité» de l’attraction et de la répulsion est invoquée comme modèle de l’opposition entre Éros et destruction. Enfin, il est question une seule fois (1938) du «couple d’opposés» que forment l’attraction et la répulsion, toujours invoquées comme métaphore physique de la dualité des pulsions.

À l’occasion, Freud a parlé de la polarité du symptôme névrotique (1916-1917), ainsi que de celle du jugement négatif et positif (1925). Il parle aussi une fois de la polarité sexuelle à propos de l’opposition masculin-féminin, dont le «précurseur» est l’opposition actif-passif (1916-1917). Cependant, c’est dans «Pulsions et destins des pulsions» (1915) que le concept de polarité se verra accorder un rôle métapsychologique primordial, associé d’ailleurs à la notion de couple d’opposés. En outre, il est remarquable que Freud n’a jamais utilisé cette notion, qui paraissait s’imposer dans les nombreuses références qu’il a faites au concept de Gegensinn d’après les conceptions d’Abel.

Les couples opposés de pulsions partielles

En fait, le terme de Gegensatzpaar est quasi exclusivement réservé par Freud à la description des couples de pulsions partielles ou perverses: le sadisme et le masochisme, le voyeurisme et l’exhibitionnisme. Une première analyse en est donnée dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), qui comporte d’ailleurs des modifications datées de 1915. La structure de couple d’opposés, d’appariement (Paarung ), selon laquelle s’organisent et fonctionnent ces pulsions prégénitales paraît être pour Freud «d’une grande importance théorique», probablement en rapport, dans son esprit, avec les deux notions cardinales d’ambivalence et de bisexualité. Le but sexuel s’y manifeste sous une double forme, en l’occurrence selon «l’opposition fondamentale entre l’activité et la passivité». Les deux formes, la forme active, et son «adversaire» passive, toujours agissantes dans l’inconscient, coexistent chez le même individu en proportions variables – bien que soit postulé aussi le principe d’une «égale force» des pulsions opposées par couples, en raison même de leur rapport fondé sur l’ambivalence. Par ailleurs, la névrose représentant le «négatif» dont la perversion constitue le versant positif d’expression, la présence simultanée des deux termes du couple pulsionnel s’établit en parallèle dans les névroses avec les perversions «positives» correspondantes (1905, 1915). Le couple sadisme-masochisme occupe une place à part, d’une importance plus marquée, dans l’ensemble des perversions, en raison, est-il précisé, de son origine passionnelle. Parfois, Freud décrit une autre forme de couple où l’agression sadique, la motion hostile, s’oppose non au masochisme proprement dit, mais à la motion tendre, à la tendresse, comme lorsqu’il reprend la description des conduites du petit Hans (1909, 1926). Malgré leur connexion essentielle, les pulsions perverses organisées en couples d’opposés «aspirent à se satisfaire dans une indépendance réciproque et trouvent pour la plupart leur objet dans le corps du sujet» (1925). Dans le même texte, Freud réfère la source génétique des couples sadisme-masochisme et voyeurisme-exhibitionnisme au régime du fonctionnement auto-érotique, c’est-à-dire à un mode très primitif d’organisation du sujet. L’émergence des formations réactionnelles, qui donnent l’apparence d’un changement du contenu pulsionnel, est favorisée par cette organisation des pulsions perverses en couples d’opposés, dont résulte leur ambivalence affective (1915). Une autre forme de perversion, le fétichisme, est décrite en tant que déterminée par un processus de clivage, comme «doublement nouée à des opposés» – ainsi la tendresse et l’hostilité avec lesquelles on traite le fétiche et qui correspondent respectivement au déni et à la reconnaissance de la castration féminine (1927).

Dans «Pulsions et destins des pulsions», Freud reprend l’analyse des couples sadisme-masochisme et voyeurisme-exhibitionnisme, non plus seulement dans une perspective phénoménologique, comme dans les Trois Essais , mais dans le cadre de ce que Jean Laplanche a proposé d’appeler une «genèse idéale», sous la forme d’une «dialectique interne», des deux couples de pulsions perverses. Cette dialectique met en jeu quatre temps – un temps préliminaire et trois temps principaux – qui concernent la mise en place de l’organisation primitive du sujet, dans son rapport de différenciation originelle avec l’objet, en l’occurrence le partenaire humain. Le temps préliminaire se situe au seul plan du fonctionnement des pulsions d’autoconservation. Il concerne le sujet purement biologique, par opposition au sujet libidinal proprement dit, dont l’émergence est décrite dans la succession des trois moments ultérieurs. Bien que Freud n’ait indiqué que de manière allusive ce raccord, la dialectique des pulsions perverses doit être conçue comme venant s’ajuster à la description, un peu plus loin dans le texte, de la genèse des figures du moi, que nous avons déjà évoquée à propos de «La Négation» et dont «Pulsions et destins des pulsions» fournit, à la suite d’un texte de 1911, un premier modèle. Cette genèse – moi-réalité du début et moi-plaisir originel – s’ordonne elle-même au cadre d’ensemble d’une «genèse de la haine et de l’amour». La dialectique des pulsions perverses est commandée par un couple fondamental de mécanismes. Freud présente tout d’abord le «renversement» ou parfois la «transformation», dans le contraire (Verkehrung , Verwandlung ins Gegenteil ), que nous avons rencontré comme constituant le second mécanisme du traitement des contraires dans le travail du rêve. Mais ici, il en spécifie deux variétés différentes: d’une part, le «renversement de l’activité en passivité», ou «retournement [Wendung ] d’une pulsion de l’activité à la passivité», ou encore «transformation [Verwandlung ] du but pulsionnel actif en but passif», d’autre part, le «renversement du contenu» [inhaltliche Verkehrung ], ou encore la «transformation d’une pulsion dans son contraire», spécifiquement de l’amour en haine. Seule la première variété du mécanisme de renversement intéresse directement la dialectique des pulsions perverses. Un second mécanisme d’importance centrale dans cette dialectique est le «retournement sur la personne propre» ou, parfois, «le moi propre» (Wendung gegen die eigene Person [...] das eigene Ich ), qu’il y a lieu de considérer également, à côté du renversement dans le contraire, comme une espèce de mécanisme général de l’inversion (du sens, des personnes, des situations, de la séquence temporelle) qui intervient dans l’élaboration du rêve. Par ailleurs, dans «Pulsions et destins des pulsions», le mécanisme de retournement sur la personne propre apparaît aussi comme une espèce d’un genre plus général, que Freud qualifie au passage comme «changement de l’objet» (Wechsel des Objektes ), lequel peut fonctionner aussi comme «changement du sujet» et joue un rôle d’ensemble majeur dans l’économie du double processus d’instauration et de dissolution de l’organisation narcissique. En dehors de ces mécanismes indiqués, les deux catégories cardinales de cette double analyse sont, d’une part, celle de «couple d’opposés» dans la dialectique des pulsions perverses aussi bien que dans la genèse des formes du moi, d’autre part, celle de «polarité» dans le seul cadre de cette dernière (cf. tableau).

Le temps préliminaire de la dialectique des pulsions perverses met en jeu le sadisme, mais sous une forme encore non sexuelle, à laquelle conviendrait mieux, selon J. Laplanche, le terme d’«hétéro-agression», voire d’agressivité en général. Il s’agit de l’ingrédient de violence, de la composante agressive propre à l’exercice de la «pulsion d’emprise» en tant que tendance à se rendre maître de l’autre objet, par le moyen de l’activité musculaire, sans considération de sa souffrance éventuelle et sans gain d’aucun plaisir sexuel. Dans la dialectique du voyeurisme-exhibitionnisme, le temps préliminaire est décrit comme l’activité de regarder, distincte du voyeurisme en tant que perversion sexuelle. Ce temps préliminaire, bien qu’il mette en jeu le dynamisme originel de l’organisme sous la double forme des activités musculaire et visuelle, ne suppose encore aucune différenciation explicite du sujet et de l’objet.

L’étape qui lui succède, et qui est le premier temps de la dialectique des pulsions, est marquée par l’émergence de l’organisation narcissique primordiale, sous la forme d’un sujet-objet prédifférencié. Cependant que l’objet véritablement externe n’existe pas encore, le sujet s’y rapporte déjà à un objet particulier, sous l’espèce de son propre corps. Ce temps est caractérisé, en ce qui concerne le sadisme, par l’auto-agression ou masochisme «réfléchi» (Laplanche), dans lequel le sujet se fait à la fois son propre bourreau et sa propre victime. La dynamique de ce processus repose sur l’action conjointe du mécanisme de retournement sur la personne propre, concernant l’objet, et de celui de renversement dans le contraire, concernant le but, de la pulsion. Le régime de celle-ci passe alors de la voix active du verbe (tourmenter) non pas encore à la voix passive (être tourmenté), mais à la «voix moyenne réfléchie» (se tourmenter soi-même). Le tourment infligé à soi-même, dans lequel par ailleurs Freud voit un des symptômes caractéristiques de la névrose obsessionnelle, n’est pas encore le masochisme véritable. Pour le couple voyeurisme-exhibitionnisme, la pulsion trouve à ce niveau à la fois son but et son objet dans le plaisir de regarder le corps propre, situation que l’on peut caractériser comme voyeurisme réfléchi. À ce propos, Henri Wallon surtout et Jean Piaget ont signalé l’intérêt passionné de l’enfant, au cours du second semestre, pour le mouvement de ses mains. On peut songer aussi à la description lacanienne du stade du miroir, dès l’âge de six mois mais bien au-delà aussi, où la conduite de l’enfant s’exprime par «une intuition illuminative, un gaspillage jubilatoire d’énergie et un ludisme de repérage», dont Lacan met l’ensemble en rapport avec l’émergence du narcissisme. Effectivement, ce premier temps «réfléchi» de la dialectique des pulsions perverses marque l’apparition, par retournement sur soi ou procès d’intériorisation, d’un moi narcissique originaire organisé selon une prédifférenciation, un clivage interne sujet-objet. J. Laplanche caractérise par «le repli auto-érotique et le rebroussement dans le fantasme» cette formation narcissique primordiale dans laquelle il convient d’inclure une double composante sadomasochique (D. Lagache) et autoscopique (J. Lacan). La satisfaction sexuelle y fait son apparition, produite par plusieurs voies: tout d’abord par étayage direct sur la satisfaction élémentaire, puis par les diverses activités auto-érotiques, dont le suçotement, enfin peut-être par double étayage sur les pulsions perverses – le plaisir de regarder les parties accessibles du corps et le déplaisir lié aux sensations désagréables, à la fois subies comme tensions internes et infligées activement à soi-même. Henri Wallon a signalé la tendance du tout jeune enfant à s’infliger des sévices à soi-même, par exemple, à l’âge d’un an environ, à se cogner la tête. Les deux mécanismes de renversement dans le contraire et de renversement de l’activité en passivité sont des «destins pulsionnels», précise Freud, qui caractérisent «l’organisation narcissique du moi». En outre, ils représenteraient des mécanismes primitifs de défense, précédant l’installation du refoulement. Le repli narcissique, corrélatif à l’émergence d’un moi, constituerait un processus défensif à l’égard, par exemple, de l’incohérence et de l’incoordination fonctionnelles propres à l’état de détresse néo-natale. Ce temps de la voix moyenne réfléchie correspond, en ce qui concerne la genèse du moi, à l’étape du moi-réalité initial, dans la mesure où celle-ci se définit explicitement par le narcissisme. Le monde extérieur y est indifférent, c’est-à-dire qu’il n’existe pas encore, tandis que le sujet-objet narcissique satisfait ses pulsions sur lui-même, en l’occurrence sur son corps-objet. Cependant, un processus se fait jour dans son organisation monadique, qui se développera de manière encore plus marquée avec l’étape ultérieure, dite du moi-plaisir originel. Dans la boule de plaisir auto-érotique, constituée par la monade narcissique, surgissent des excitations désagréables, de provenance aussi bien endogène qu’exogène – mais cela seulement du point de vue de l’analyse, car la différenciation entre le dedans et le dehors n’est pas encore structurée. En fait, bien que Freud n’indique pas explicitement cette équivalence, ce moi-réalité, qui cumule en lui les sensations plaisantes tout en éprouvant, à terme, des sensations déplaisantes, est en définitive de structure tout à fait homologue à celle de ce sujet de la voix moyenne réfléchie, lequel s’affecte lui-même dans le double registre ambivalent du sadomasochisme et du ludisme spéculaire.

Alors que le temps primitif de la dialectique des pulsions perverses représente le processus d’autoconstitution de la monade narcissique, les deux temps ultérieurs représentent son éclatement, sa dissolution sous la forme de deux figures à la fois ordonnées et complémentaires. Effectivement, ces deux temps coordonnés comportent pour la pulsion d’abord convertie en auto-agression (temps «réfléchi» premier) une «double dérivation symétrique», une bifurcation vers deux destins différents, l’un de forme active, l’autre de forme passive. Il s’agit du sadisme et du masochisme vrais, c’est-à-dire comme perversions comportant le plaisir sexuel. L’unité bipolaire du sujet-objet narcissique initial se trouve dissociée selon ses deux composantes, qui sont alors éjectées à distance sous forme d’un couple de partenaires. À partir du double but actif-passif propre au masochisme et au voyeurisme réfléchis, le destin de la pulsion comporterait une disjonction de ce but composite de la «voix moyenne». Toutefois, dans ce mouvement, précise Freud, l’émergence du but actif se produit avant celle du but passif. En premier lieu, à partir de l’auto-agression, c’est-à-dire du masochisme réfléchi, un premier type de «renversement du but», d’actif-passif en actif, joint à une première forme de «retournement» de la personne – retournement du sujet-objet réfléchi sous forme d’objet masochiste –, conduirait au sadisme. En second lieu, toujours à partir de l’auto-agression, un autre type de «renversement du but», d’actif-passif en passif, joint à une seconde forme de «retournement» de la personne – retournement du sujet-objet réfléchi sous forme de sujet sadique –, conduirait au masochisme. La figure du sadisme suppose un changement (Wechsel ) de l’objet narcissique initial contre un «objet étranger»: la victime. Et la figure ultérieure du masochisme suppose le changement du sujet narcissique contre un «sujet étranger»: le bourreau. Par rapport à la constitution de la monade narcissique, l’émergence des deux figures du sadisme et du masochisme met en jeu de nouvelles formes de renversement du but pulsionnel et de retournement à l’égard de la personne. Étant supposé que ces mécanismes ont une fonction défensive dans le premier temps, ils doivent la comporter aussi dans les deux temps ultérieurs. On peut supposer que les deux rôles complémentaires du sadomasochisme, dans la mesure où ils supposent une certaine indépendance du sujet due à l’émergence de l’objet, aménagent de façon plus différenciée le sujet-objet de la voix moyenne réfléchie qui définit le narcissisme et qu’ils permettent ainsi un meilleur contrôle de la vie pulsionnelle.

Il y aurait, selon l’interprétation que Laplanche donne du texte difficile de Freud, deux genèses différentes du masochisme, soit à partir du masochisme réfléchi, soit à partir du sadisme retourné. Dans ce cas, le passage du sadisme au masochisme supposerait un renversement du but pulsionnel actif en but passif, en même temps qu’un retournement sur la personne lié à un changement d’objet: l’objet masochiste du sadique est abandonné par celui-ci et remplacé par sa personne propre, cependant qu’il cherche un partenaire pour le situer à la place du sujet qu’il vient d’abandonner. Cette deuxième solution s’accorderait d’ailleurs mieux avec ce que déclare Freud dans le texte de 1915, en postulant la primauté génétique du sadisme par rapport au masochisme. Or, en 1924, Freud a abandonné ce point de vue pour faire l’hypothèse d’un masochisme, ou plutôt même d’un sadomasochisme originaire, qui paraît bien dans une grande mesure correspondre au masochisme réfléchi de 1915, quitte à faire l’abandon du temps préliminaire de l’hétéro-agression. C’est pourquoi Laplanche, compte tenu de la position ultérieure de Freud, tend à forcer le texte de 1915, pour faire dériver le masochisme secondaire, aussi bien que le sadisme, de la source commune de l’auto-agression. Il faut reconnaître que cette solution correspondrait mieux à la pensée de Freud telle qu’elle se formule en 1924. En tout état de cause, il n’y a pas de raison, du point de vue clinique, de ne pas retenir les deux solutions.

La dialectique décrite sur le cas du couple sadisme-masochisme s’applique également, et dans les mêmes termes, au couple voyeurisme-exhibitionnisme. D’après Freud, un double processus d’identifications symétriques et croisées relie les deux partenaires de chaque couple, malgré le mouvement d’éjection réciproque qui les a posés à distance l’un de l’autre. Le sujet sadique, tout en occupant sa place, se transporte par identification à celle de l’objet, pour jouir de façon masochiste de la souffrance qu’il lui inflige. De même, l’objet masochiste, préservant sa propre place, se transfère par identification à celle du sujet sadique, pour jouir sur un mode sadique du plaisir de celui-ci. Autrement dit, le masochiste souffre, mais en jouissant, identifié à lui, de la jouissance du sadique, alors que le sadique jouit, mais en souffrant, identifié à lui, de la souffrance du masochiste. Une structure d’identification en miroir relie donc l’une à l’autre, en une forme de cercle, la jouissance-souffrance du sadique et la souffrance-jouissance du masochiste. Ainsi s’explique la possibilité incessante d’une substitution des rôles des deux partenaires.

Le temps de la voix moyenne réfléchie correspondait, dans la genèse du moi, à l’étape du moi-réalité initial. Or les deux figures complémentaires et finales de la dialectique des pulsions perverses correspondent elles-mêmes, de manière isomorphe, à l’étape du moi-plaisir originel. Cette étape est celle où apparaît la limite entre le dedans et le dehors, en rapport avec le double processus d’introjection du bon et d’expulsion du mauvais, sous le régime du principe de plaisir. Comme Freud l’indique expressément, l’évolution du moi-réalité initial vers le moi-plaisir originel représente le passage d’un «stade purement narcissique» au «stade de l’objet». En outre, ce premier objet se présente au sujet, qui vient de s’en détacher, avec un caractère hostile, sous le visage de la haine: «L’objet coïncide avec l’étranger et le haï; la haine, en tant que relation à l’objet, est plus ancienne que l’amour.» De toute évidence, le caractère de ce premier objet, de ce «dehors étranger et menaçant», évoque directement les dispositions agressives du partenaire actif à l’égard de la personne-objet dans les couples de pulsions perverses. Cet objet menaçant est d’abord un partenaire humain, rencontré comme sadique ou comme voyeur. Daniel Lagache a bien identifié (1960), à la suite d’ailleurs de J. Lacan (1938, 1949), la relation originaire qui noue dans un système complexe de transformations le narcissisme et les figures du sadomasochisme. Lacan a tout spécialement insisté sur l’importance primordiale de la pulsion scopique, qui commande en particulier le régime «réfléchi» de la perversion, propre à l’organisation narcissique. D’après Lagache, la dialectique sadomasochiste jouerait primitivement dans les rapports entre enfants et parents. Entre les uns et les autres se noueraient des relations perverses du type domination-soumission, qui mettent en jeu des conflits de pouvoir entre demandeur et demandé et qui rompent la relative convergence des désirs, propre au narcissisme primaire.

L’organisation des pulsions perverses selon des couples d’opposés implique donc une dialectique dont le ressort consiste en deux mécanismes particuliers, qui consistent en deux espèces du mécanisme général de l’«inversion» (Umkehrung ), dont nous avons vu le rôle dans le travail du rêve, le mot d’esprit et d’autres formations psychiques.

Couples d’opposés et polarités dans la genèse du moi

La succession des étapes de la formation du moi, dont la structure est isomorphe par rapport à la dialectique précédente, met elle-même en jeu, dans le cadre coordonné d’une genèse de l’amour et de la haine, un ensemble complexe de deux systèmes d’opposition (Gegensätze ), dont l’un se définit comme constitué de trois couples d’opposés (Gegensatzpaar ), l’autre de trois polarités (Polarität ). Dans ce deuxième volet de sa théorisation, Freud déplace le référentiel de la première analyse, en substituant à la notion de pulsion partielle celles d’amour et de haine. En réalité, cette seconde analyse concerne la genèse du moi comme objet total, d’un moi-total (Gesamt-Ich ). Or l’amour et la haine se présentent non comme des pulsions, mais comme des «sentiments», autrement dit comme des tendances totales, qui expriment «les relations de ce moi-total aux objets comme ses sources de plaisir». Par ailleurs, le moi-sujet de la première analyse n’y apparaît corrélé qu’au seul objet qu’est le corps – tout d’abord son propre corps, puis, dans un second temps, celui du partenaire pervers. Dans la seconde analyse, le moi-total est confronté à l’ensemble du non-moi, c’est-à-dire du monde extérieur comme objet lui-même total.

Pour mieux indiquer le jeu précis selon lequel s’articulent les termes des différents couples impliqués dans la série des niveaux de cette genèse du moi, elle-même ajustée à la genèse de l’amour et de la haine, on peut les présenter au moyen de symboles en lettres et chiffres. Le premier système d’oppositions concerne les trois couples d’opposés dans lesquels il est possible de faire entrer le terme «aimer»:

Le second système d’oppositions concerne «les trois grandes polarités qui dominent la vie psychique» et qui «se nouent de façon très significative les unes aux autres»:

Ces trois polarités sont qualifiées respectivement par Freud comme: réelle (P1-P2), économique (P3-P4), et biologique (P5-P6).

La double genèse des formes du moi et de l’opposition amour-haine s’effectue alors par la série d’étapes suivantes:

Cette suite d’expressions peut se commenter de la façon suivante:

(1) et (2). Dans la phase du moi-réalité initial, le moi-sujet est identifié au plaisir (P1 & P3). Le monde extérieur, qui n’existe pas encore pour le sujet (P2), est «indifférent pour ce qui est de la satisfaction» (G4). Dans cet état de narcissisme, le moi «n’aime que lui-même» (G1 + G3). L’amour de soi met en jeu, dans une certaine mesure, une dialectique interne isomorphe à celle des pulsions perverses sadomasochiste et scopique. Freud en établit le rapport en soulignant le rôle initial commun dans les deux registres du mécanisme de retournement de l’activité en passivité. Il souligne aussi la plausibilité d’une genèse ultérieure, à partir du narcissisme, de l’amour de soi, des deux figures, active et passive, de l’amour d’objet (aimer-être aimé): (G1 + G3)G1 ou G3.

(3) Cependant surgissent des excitations désagréables, soit d’origine pulsionnelle interne – (P1 & P3) P4 –, soit de provenance externe, auxquelles s’associent éventuellement des «sources de plaisir» – P4 & P3 –, bien que le monde extérieur n’existe toujours pas.

(4) Le moi projette hors de lui les sensations internes de déplaisir – (P1 & P3) P4– et introjecte en lui les objets sources de plaisir – 良P3 (P4).

(5) et (6) Le moi-réalité initial «se transforme ainsi en un moi-plaisir purifié qui place le caractère de plaisir au-dessus de tout autre» (P1 & P3). Cependant, le monde extérieur a acquis une existence indépendante; il est mis à distance en tant qu’espace du déplaisir: P2 & P4. Dans son ensemble, ce monde extérieur est ressenti comme hostile, l’indifférence se rangeant désormais comme «un cas spécial de la haine» (G2 + G4; G4 說 G2), après en avoir été «le précurseur» (2). Toute source de plaisir est aussitôt «incorporée», transposée en qualité du moi sans même être référée à son origine externe. Désormais, l’opposition amour-haine (y compris l’indifférence) – G1-(G2 + G4) – vient se substituer à l’opposition initiale amour de soi-indifférence – (G1 + G3) - G4. La polarité amour-haine G1-G2 reproduit en les recouvrant les deux polarités moi-monde extérieur P1-P2 et plaisir-déplaisir P3-P4, d’ailleurs nouées entre elles dans l’expression (5) – P1 & P3 - P2 & P4. Ces deux dernières polarités se rejoignent et se soudent en (5) de façon analogue aux couples P1 & P3 et [P2] & G4 dans les expressions (1) et (2). Le moi s’est redéfini comme sphère de plaisir; la différence tient à ce que le non-moi, d’abord indifférent en raison même de son inexistence, est à présent posé à distance, vécu comme un dehors étranger et menaçant.

(7) L’étape ultérieure de la formation du moi est représentée par le moi-réalité définitif. Elle correspond à l’émergence du principe de réalité, en rapport avec la mise en jeu de la deuxième «décision» procédant de la fonction du jugement. Cette seconde fonction du jugement suppose l’apparition, dans le cadre de la fonction symbolique, de la représentation mentale comme indice de l’existence possible d’un objet réel. Le moi (P1) se rapporte à nouveau [voir le niveau (3)] aux deux affects de plaisir (P3) et de déplaisir (P4), toutefois saisis non plus comme vécus de perceptions mais comme leur reproduction dans la représentation – (RP3 & RP4) – en tant que moyen d’épreuve pour confirmer ou infirmer l’existence dans le monde extérieur (P2) d’objets sources de plaisir (P3) ou de déplaisir (P4), objets donc d’amour (G1) ou de haine (G2). D’où l’expression:

Cette dernière figure des formes de la genèse du moi n’est pas exposée pour elle-même dans l’essai de 1915, mais dans deux autres textes, en particulier dans «La Négation» (1925). Si l’amour et la haine représentent en un sens les termes d’une «totale opposition», ce n’est pas, déclare Freud, selon «une relation simple». En particulier, «ils ne sont pas dérivés du clivage d’une réalité originaire commune, mais ils ont des origines différentes et ont suivi chacun leur développement propre avant de se constituer en opposés sous l’influence de la relation plaisir-déplaisir». Au-delà même de leur préhistoire au niveau du moi-plaisir, ce n’est que sous le régime de l’organisation génitale que l’amour achèvera de devenir l’opposé de la haine. À l’origine, au stade sadique-anal, donc même au-delà de la phase inchoative du moi-plaisir, l’amour peut encore à peine se distinguer de la haine dans son comportement à l’égard de l’objet. Cependant, «la haine, en tant que relation à l’objet, est plus ancienne que l’amour». En outre, malgré leur intrication et la parenté de leurs effets dans les premières phases du développement, leur origine n’est pas la même. L’amour vient du narcissisme et finit par coïncider avec la tendance sexuelle dans sa totalité. La haine provient du refus originaire que le moi narcissique oppose à l’excès des excitations provenant du monde externe. Et elle garde toujours un lien étroit avec les pulsions d’autoconservation du moi.

Du point de vue du développement, c’est-à-dire dans le champ de ce qu’il a probablement été le premier à qualifier comme constituant la «psychologie génétique» (1911), Freud envisage la polarité activité-passivité comme étant la première, celle qui offre support aux deux oppositions ultérieures dans lesquelles elle vient s’intégrer: phallique-castré et masculin-féminin. Au stade oral, activité et passivité ne font que coexister. C’est au stade anal qu’elles se posent comme termes antagonistes, en tant que caractéristiques attachées respectivement à la musculature, support de la pulsion d’emprise, et à la muqueuse anale, zone érogène définissant ce stade. Dans la suite du développement prégénital, l’opposition phallique-castré représente la dualité existentielle où s’exprime ce que Freud a qualifié, pour les enfants des deux sexes, comme l’hypothèse de l’universalité du pénis. Ruth Mack Brunswick a repris et développé cette doctrine (1940): «La vie du nourrisson et de l’enfant est caractérisée par les deux premières grandes paires antithétiques, et l’adolescence par la troisième.»

Dans les conceptions de Freud concernant la structure de l’appareil psychique, le système périphérique perception-conscience comporte une double orientation, vers les excitations d’origine aussi bien externe qu’interne. L’opposition déplaisir-plaisir représente les pôles de l’échelle des qualités sensorielles correspondant respectivement aux augmentations et aux diminutions de tension pulsionnelle de source endogène.

Par rapport à la polarité plaisir-déplaisir, le couplage entre les deux principes de plaisir et de réalité comporte une fonction différente où s’exprime la relation du processus primaire (Ics) au processus secondaire (Pcs-Cs). L’opposition des deux principes est le plus souvent présentée par Freud comme n’offrant rien de radical. Le principe de réalité lui apparaît, en effet, comme une simple transformation du premier, appropriée aux exigences de la réalité et qui prolonge celui-ci, loin d’en supprimer le rôle. Cependant, certains auteurs insistent sur le rapport fondamentalement antagoniste des deux principes, le principe de plaisir exerçant sa juridiction dans un registre de processus marqué par un caractère déréel fondamental.

De la psychanalyse du jeune enfant à Lacan

La notion de couple de termes a été largement utilisée par les représentants de la psychanalyse du très jeune enfant – tout d’abord pour décrire la relation duelle d’un type particulier entre l’enfant et le partenaire nourricier. Elle concerne aussi le mécanisme spécifique du clivage, dans ses diverses variétés selon les auteurs. Par ailleurs, ceux-ci font un usage diversifié, selon leurs perspectives, des concepts d’interaction, de projection-introjection, d’alternance, dont l’origine est la philosophie «postkantienne».

À propos de la relation primitive entre la mère et l’enfant, René Spitz a introduit la notion de dyade (1954). Il avoue emprunter ce concept au sociologue Georg Simmel. Il le précise aussi par référence au concept de «foule à deux», utilisé par Freud pour caractériser la relation hypnotique. Il assimile également cette notion à celle de «couple symbiotique mère-enfant», introduite à peu près à la même époque par Margaret Mahler (1952). Donald W. Winnicott (1965) utilise la notion de «couple nourricier» (nursing couple ), qu’il déclare emprunter à Middlemore-Merell (1941), tout en se référant aussi à M. Mahler. Ce couple, selon lui, illustre sous sa forme la plus primitive «la structure individu-environnement». Anna Freud a repris cette notion de couple mère-enfant (1968) en la rapportant également à Mahler. Spitz décrit cette dyade mère-enfant comme étant structurée selon l’«inégalité des participants». La dyade est animée par un «processus de réverbérations circulaires, une série d’interactions dans un cadre social». Les représentants de l’Ego psychology (Heinz Hartmann, Ernst Kris et Rudolf Lœwenstein) ont de même insisté sur l’interaction primitive du vécu mère-enfant (1964), comme M. Mahler, qui en décrit le fonctionnement en termes de «langage interactif» (1968). John Bowlby, pour sa part, décrit la relation primitive de l’enfant à son entourage comme déterminée par le mécanisme particulier de l’attachement, qui serait commun à l’ensemble des primates. Or ce mécanisme fonctionne en rapport avec un système de contrôle asservi par un processus d’interaction (feed-back ).

Par ailleurs, du point de vue général des modèles explicatifs, les représentants de la psychanalyse du jeune enfant font aussi un large usage du concept d’interaction entre deux principes couplés représentant respectivement le facteur endogène et le facteur exogène de la psychogenèse: maturation-développement (Hartmann, Kris, Lœwenstein 1946, Spitz 1954); maturation-entourage (Spitz 1954); maturation-environnement (Winnicott 1958, 1965). Dans cette perspective, Spitz considère le développement de l’enfant comme étant à la fois continu et discontinu, comme reposant sur l’intégration par paliers, séparés par des points critiques, de «tendances diamétralement opposées» (1954, 1957, 1965). Ces points critiques correspondent à l’installation d’un nouvel «organisateur», par exemple la réponse-sourire à trois mois.

Melanie Klein a fait un usage complexe de l’alternance entre les deux phases du double mécanisme d’introjection et de projection. La fonction cardinale de celui-ci consiste à aménager la dualité originaire et conflictuelle de la pulsion de vie et de la pulsion de mort. La projection opère sur les deux espèces de pulsions, bien que son rôle défensif essentiel consiste à défléchir la pulsion de mort. Sa mise en œuvre aboutit à un double clivage: interne entre une partie libidinale et une partie destructrice du moi; externe entre un bon et un mauvais sein. Le moi reprend alors par introjection le bon objet, cependant qu’il peut aussi recevoir en retour l’objet mauvais, vécu comme persécuteur. Le mécanisme bipolaire de la projection-introjection, associé à celui du clivage, produit ainsi l’organisation progressive de la personnalité dans l’ensemble de ses rapports aux objets (1948). Anna Freud a également insisté, dans sa perspective propre, sur le caractère intermittent et oscillant du fonctionnement pulsionnel dans l’organisation primitive de l’enfant. D’autres formes de structuration duelle des représentations primitives ont été décrites, qui peuvent se comparer, dans une certaine mesure, au clivage kleinien. Spitz a proposé de rechercher jusqu’aux formes primitives de l’organisation comportementale les racines d’un fonctionnement binaire: «L’organisme à ses débuts, écrit-il, utilise dans les domaines physiologique et psychologique un système binaire, en accord avec le principe du tiers exclu.» En particulier, le processus de réception propre à l’organisation cénesthésique primitive est «un phénomène de tout ou rien qui opère selon un système binaire». Ce type de fonctionnement déterminerait les diverses formes de processus psychiques et, en particulier, les processus de pensée, jusqu’aux structures des lois de la logique. Dans la première forme d’organisation de la perception extéroceptive ou diacritique, Spitz qualifie de cavité primitive, chez le nourrisson, la structure bipolaire constituée par l’association de la cavité orale et de la main. En outre, la perception tactile du mamelon s’associe en couple contrasté avec la perception visuelle du visage de la mère. Le couplage de ces deux types perceptifs – d’une part, le toucher contigu mais discontinu, d’autre part, la perception visuelle continue mais non contiguë – permet l’instauration et la mise à distance progressives de l’objet. Selon Frances Tustin (1972), le mamelon, le sein, la langue et la bouche sont d’abord confondus dans la même expérience fusionnelle par l’enfant. Cependant, deux pôles s’organisent bientôt pour travailler en union: d’une part, l’ensemble mamelon-langue, dur et actif; d’autre part, l’ensemble sein-bouche, doux et passif. Puis des préformes binaires de perceptions se constituent par le mécanisme de clivage: doux-rugueux, mou-dur, malléable-rigide, gentil-méchant.

La pensée de Lacan, quant à elle, est construite sur un ensemble de dualités fondamentales. Produit en 1953, le «schéma L», ou encore «quaterne analytique», qui représente l’organisation structurale du sujet, s’édifie selon deux axes orthogonaux, qui mobilisent quatre couples de notions (puis un cinquième en 1964). Par cet aspect de sa démarche, Lacan se situe de manière fidèle dans la tradition du dualisme freudien.

Il s’agit tout d’abord de la distinction entre le «petit autre» (a) – à ne pas confondre avec l’objet a – et le «grand Autre» (A). Cependant, le petit autre fait lui-même couple avec le moi, et le grand Autre avec le sujet inconscient (S). Il y a lieu aussi de prendre en considération le couple formé par le moi et le sujet inconscient, dont l’importance théorique ne saurait échapper. Enfin, à partir de 1964, intervient un nouveau couple: le «sujet barré» est lui-même subdivisé selon le «couple de signifiants» S 1-S 2. Pour les trois premiers couples: petit autre-grand Autre, moi-petit autre, et grand Autre-sujet inconscient, voir PSYCHOLOGIE GÉNÉTIQUE. Le quatrième couple, formé par le moi et le sujet inconscient, représente une première division du sujet, qui correspond à la distinction entre le je de l’énoncé et le je de l’énonciation, lesquels se situent respectivement sur l’axe imaginaire de la parole vide et l’axe symbolique de la parole pleine. L’articulation du sujet inconscient selon le couple S 1-S 2, le cinquième, correspond à un processus de division plus fondamental, qui supporte le précédent. Il s’agit de la refente (Spaltung ), par laquelle le signifiant S 1 se trouve élidé comme sujet, de manière à permettre au signifiant S 2 de se produire comme premier signifié de la chaîne du discours. Un des antécédents possibles de cette conception lacanienne du sujet se trouve dans le mécanisme freudien de la transformation dans le contraire, ainsi que dans le modèle schellingien du sujet. Ces deux références ne sont pas incompatibles, d’ailleurs, avec le fait que Lacan indique F. de Saussure et Hegel comme ses sources. La conception binaire du sujet inconscient, développée par Lacan, n’est pas si éloignée, malgré la particularité de l’élision du S 1, de celles dont il a été question ci-dessus et qui décrivent l’organisation primitive du sujet au moyen de couples clivés de représentations.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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